Organisés pour la première fois de leur histoire en un corps spécifique, pour la durée de la guerre, par un décret de 1916 [1], les dentistes de l’armée française ont ensuite fait l’objet d’une évolution constante pour aboutir à un corps d’active en 2000. [2]

Nous allons étudier ici la situation des dentistes militaires et la tenue portée par ces officiers et sous-officiers à la veille de la seconde guerre mondiale. Les photographies sont de l’auteur sauf indication contraire.

De 1916 aux années trente
Le décret du 26 février 1916, qui organise le corps des dentistes pour la durée de la guerre, prévoit initialement leur assimilation à un grade unique de sous-officier, celui d’adjudant. Il précise que les militaires pourvus du diplôme de chirurgien-dentiste, appartenant à la réserve de l’armée active, l’armée territoriale et la réserve de l’armée territoriale font partie de ce corps. Ce décret est complété par une instruction ministérielle pour les dispositions de détails. Celle-ci inclut notamment les signes distinctifs de l’uniforme. Cette instruction, datée du 27 février 1916, est publiée au même Journal officiel que le décret et à sa suite immédiate (consultable sur le site gallica.bnf.fr).
Ce texte prévoit de limiter la taille du corps des dentistes ainsi créé à mille adjudants au maximum. Les signes distinctifs de ces sous-officiers sont : le port de la tenue d’adjudant des sections d’infirmiers avec présence d’un caducée brodé de teinte argent au col accompagné d’une lettre « D » de 1 centimètre de haut à l’extrémité de celui-ci. L’instruction précise aussi qu’ils ne portent ni parement au képi ni aux manches mais ont droit au port du brassard de la convention de Genève.
En 1918, une loi [3] complète ces dispositions en précisant que des dentistes peuvent être aussi assimilés à des sous-lieutenants et des lieutenants, respectivement sous la dénomination de dentiste de deuxième et de première classe.
C’est dans une instruction du 11 janvier 1919 [4] que l’on voit apparaître la couleur violette (dite « prune » dans le texte) pour le bandeau du képi et les écus¬sons du collet. Le reste de l’uniforme est celui des médecins de même grade. Le décret – en date du même jour – associé à cette instruction, indique que les dentistes dont le grade est celui d’adjudant sont à présent dénommés « dentistes auxiliaires » par analogie aux sous-officiers des branches médicales et pharmaceutiques. Ce texte fixe aussi le nombre maximum de dentistes par grade :

Situation du corps et des grades dans les années trente
C’est en décembre 1934 [5] qu’un quatrième grade (assimilé à celui de capitaine) est ajouté à ceux déjà existants et que les dénominations des grades des dentistes assimilés à des officiers, indiquées au Journal officiel de la République française, sont celles de dentiste sous-lieutenant, lieutenant et capitaine. Cette situation d’assimilation des grades perdurera jusqu’en 1951, date à laquelle le grade de dentiste commandant sera créé.

Les annuaires des officiers de l’armée active de 1936 et des officiers de réserve de 1928 nous présentent le nombre de dentistes à cette époque. Celui de l’armée d’active nous confirme qu’aucun dentiste n’est répertorié sous ce statut à cette époque. En effet, à la rubrique du service de santé, seuls des médecins, des pharmaciens et des officiers d’administration y sont présentés (pour mémoire, les vétérinaires forment un corps indépendant jusqu’à leur premier rattachement au service de santé en 1944 [6]. Ce se sont donc des appelés et des réservistes qui occupent des emplois de dentiste. Ils sont 751 selon l’annuaire de 1928, sans compter les dentistes auxiliaires, assimilés à des sous-officiers, qui ne sont pas recensés.

Par ailleurs, la répartition des officiers dentistes par grade en 1928 est présentée dans le tableau suivant. On peut constater que, par rapport aux chiffres théo­riques de 1919, les effectifs ont considérablement augmenté.

La tenue dans les années trente, signes distinctifs
Appartenant au service de santé, les dentistes en portent l’uniforme avec ses distinctives spécifiques et notamment :

● Des galons dorés. Ceux des dentistes auxiliaires, assimilés à des adjudants, étant donc de couleur in­verse du bouton, de teinte argent avec une ligne rouge centrale et leur galon de képi ou de bonnet de police de même teinte mêlée de chevrons de soie rouge.

● Des boutons semi-bombés, de teinte or avec l’insigne du service de santé, estampé en relief sur la coquille. La description officielle du motif spécifique est la suivante : « faisceau formé de trois baguettes, enveloppé du serpent d’Epidaure, surmonté du miroir de la Prudence et entouré de deux branches : l’une de chêne à droite, l’autre de laurier à gauche, sans aucune légende [7].

● Des insignes de col comportant un caducée, une branche de chêne et une autre de laurier, brodés en cannetille et paillettes d’or, là aussi du modèle com­mun avec les pharmaciens et les médecins, sur fond de velours prune.

● Le brassard de la convention de Genève : en drap blanc fin, formé d’une bande coupée en ellipse allongée se refermant par une boucle en métal et comportant une croix en drap fin écarlate dont chaque branche mesure environ deux centimètres de largeur. La hauteur totale de la croix étant de 7,2 centimètres environ. Le brassard est garni sur chaque bord d’une soutache dorée.

La spécificité des dentistes sur l’uniforme est uni­quement la couleur du velours, prune, à la différence du cramoisi pour les médecins et du vert pour les pharmaciens. L’ensemble de ces éléments rend donc les dentistes impossibles à distinguer des pharmaciens et des médecins sur les photos en noir et blanc d’époque… sauf à les voir intervenir sur les dents d’un patient ou de connaître l’origine des photos, ce qui est le cas de celles présentées ici.

Les dentistes auxiliaires
Leur tenue est présentée dans la description des uniformes de 1935 [8]. Il est ainsi prévu que ces sous-officiers portent, quel que soit le corps où ils sont affectés, la tenue des adjudants des sections d’infir­mier avec les modifications suivantes :
– Des pattes de collet, brodées en cannetille dorée sur fond de velours prune du même motif que les dentistes assimilés à des officiers ;
– Un képi du modèle des adjudants des sections d’infirmiers, mais sans numéro ni attribut sur le bandeau. Dans les faits, on trouve aussi des képis à bandeau de velours prune galonnés au grade d’adju­dant avec de la soutache argent mêlée de chevrons de soie rouge.
– Le pantalon est du modèle des sous-officiers, sans bande marron sur le côté.

Les dentistes assimilés à un grade d’officier
Dans les années trente, les tenues des officiers peuvent se classer en deux grandes catégories : la grande tenue et la tenue de ville d’un côté et la tenue de travail, de jour et de campagne de l’autre. La base des deux premières étant la tunique modèle 1931 et celle des trois autres la vareuse à col « aiglon » modèle 1929, suivie de la tenue à col ouvert pointu modèle 1938 puis à pattes de collet pentagonales du modèle 1939.

● En grande tenue et en tenue de ville, les officiers dentistes portent les éléments d’uniforme suivants [8] :
– un képi à bandeau violet, dit « prune » et galons dorés. Le turban et le calot sont en drap garance. Le devant du bandeau ne comporte aucun insigne. Les boutons sont du type du service de santé (hors officiers d’administration) décrit ci-dessus.
– Une tunique en drap satin bleu foncé (en drap noir dans les faits). Cette tunique est ornementée d’un col et de parement de manches en velours prune. Le col est brodé d’un motif au caducée sur fond de drap noir. Les boutons sont ceux du service de santé.
– des épaulettes de teinte or (uniquement en grande tenue) du modèle d’avant-guerre, mais sans contre-épaulette, du modèle des capitaines d’avant 1914
– Un ceinturon noir à double plateau de teinte or, orné chacun du motif suivant : « un faisceau de baguettes autour duquel s’enroule le serpent d’Epidaure, surmonté du miroir de la Prudence ; au bas du faisceau se croisent deux branches, l’une de chêne à gauche, l’autre de lau­rier à droite. En arrière du faisceau et de ces branches, de chaque côté, deux drapeaux à demi déployés ».
– un pantalon du modèle des officiers d’infanterie, en drap garance avec bande simple en drap noir.
– Des bottines noires à éperons argentés.
– Des gants blancs.
– Le sabre avec sa dragonne (selon la tenue).
– Facultativement, la cape.
La tunique de grande tenue et le pantalon existent aussi en tissu blanc avec insignes amovibles.

● En tenue de travail, de jour et de campagne les officiers dentistes portent les éléments d’uniforme suivants [8] :
– Une coiffure constituée soit du képi à bandeau violet, du bonnet de police ou du casque d’acier modèle 1926 avec un caducée comme attribut.
– Une vareuse, du modèle 1929 à col dit « aiglon » suivie d’un type à col ouvert du modèle 1938 puis 1939. La vareuse peut aussi être portée, à la saison chaude ou en outre-mer dans une version toile spécifique. Sur celle-ci, les insignes sont amovibles.
– Un ceinturon baudrier en cuir fauve.
– Un pantalon de drap kaki à bande ou une culotte de cheval « mastic » et les brodequins avec bandes molletières ou les bottes en cuir fauve foncé.
– Le manteau est du modèle général des autres officiers.
À l’issue de la seconde guerre mondiale, l’évolution des carrières des dentistes se poursuivra au sein du service de santé jusqu’à l’aboutissement à corps d’active en 2000, dont le texte de création prévoit aussi l’accès au généralat pour les officiers de ce corps.

1. Décret du ministère de la Guerre du 26 février 1916 relatif à la création d’un cadre de dentistes militaires, JORF du 3 mars 1916, page 1716.
2. Décret n° 2000-187 du 1er mars 2000 modifiant le décret n° 74-515 du 17 mai 1974 portant statut particulier des corps militaires des médecins, des pharmaciens chimistes et des vétérinaires biologistes des armées, JORF n° 54 du 4 mars 2000 page 3447, texte n° 27.
3. Loi du 20 octobre 1918 tendant à la création d’officiers dentistes dans le cadre complémentaire du service de santé militaire, JORF du 20 octobre 1918, page 9124.
4. Décret et instruction du 11 janvier 1919 déterminant la situation des dentistes militaires, JORF du 19 janvier 1919, page 727.
5. Loi du 19 décembre 1934 modifiant la loi du 16 mars 1882 sur l’administration de l’Armée, JORF n° 299 du 21 décembre 1934, page 12426.
6. Voir Militaria Magazine n° 363.
7. Description des uniformes des généraux, des officiers sans troupe et des employés militaires des différents corps et services et description du harnachement des chevaux de selle des officiers généraux et assimilés, 1892.
8. Description des uniformes, Charles Lavauzelle & Cie, éditeurs, militaires, 1935, abrogeant la notice descriptive des uniformes, du 30 mai 1919.

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Texte

Benoit Léger

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