Militaria 408, nous avons évoqué la Libération de la Corse à travers des objets-témoins de la Wehrmacht. Faisons un nouveau bond dans le temps en présentant cette fois des vestiges relatifs à l’armée royale italienne (Regio Esercito) qui participa aux côtés des résistants insulaires puis des troupes venues d’Alger aux combats contre les Allemands. En effet, suite à l’armistice du 8 septembre 1943, la majorité des unités italiennes présentes en Corse vont basculer du côté de la Résistance qui, dès le lendemain, déclenchera l’insurrection générale. Le 4 octobre 1943, l’île est enfin libérée.

Gamelle modèle 1930 également retrouvée à Bonifacio en 2009 dans d’anciennes positions contrôlant l’accès à la ville par la RN 198. Le soldat qui en était propriétaire y a gravé son parcours : Monza, Roma, Bastia… Un coeur percé d’une flèche accompagne le prénom de l’aimée, Rina, et la mention « Tornero presto » (« Je reviendrai vite »). 1923 est la classe d’âge du soldat, soit dans l’armée italienne son année de naissance. Il était donc à peine âgé de 20 ans en 1943. La tête de mort aux tibias croisés tenant entre ses dents un poignard est un symbole très utilisé dès les années 1920 par les fascistes. Il évoque les Arditi, combattants d’élite durant la Grande Guerre, qui l’avaient déjà comme emblème. Bon nombre d’entre eux ont formé le noyau dur des premiers adhérents au PNF fondé par Benito Mussolini. Ce symbole trahit sans doute l’appartenance du soldat à une unité de chemises noires, peut-être la 90a Legione de la MVSN qui était en garnison à Bonifacio avant l’insurrection, ou la 55a Legione qui se rallia aux Allemands par la suite. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori).

Cette marinière d’un matelot de la Regia Marina a été retrouvée dans une cave de Bonifacio en 2017. Elle illustre la forte présence des forces navales italiennes dans ce port de tout temps stratégique. Dès l’application de l’ordre d’évacuer la Sardaigne, Bonifacio devient pour les Allemands une tête de pont indispensable au regroupement de la 90e Panzergrenadier-Division. La neutralisation des unités locales de la Regia Marina pour le contrôle du port est alors d’une priorité absolue pour la Wehrmacht. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Corps d’une grenade à manche antichar Breda modèle 1942 découvert sur les hauteurs de Biguglia dans les années 2000. Produite seulement à 10 000 exemplaires, cette arme nécessitait une certaine formation au lancer afin d’optimiser son efficacité. Elle pouvait percer un blindage de 20 mm à une dizaine de mètres de distance. Cette pièce de terrain laisse à penser qu’un certain nombre a été utilisé contre des blindés lors de la remontée de la Wehrmacht sur Bastia, le 13 septembre 1943. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

$Le 12 septembre 1943, les Allemands qui ont décidé de prendre Bastia à leur ex-allié, concentrent à une vingtaine de km au sud de la ville une grande partie de leurs troupes présentes en Corse, renforcées d’unités évacuées de Sardaigne quelques jours plus tôt. Objectif : la petite localité de Casamozza où se croisent les routes nationales et la voie de chemin de fer conduisant à Ajaccio, Bastia et Bonifacio. Ce carrefour stratégique est défendu par une importante garnison italienne qui venait d’être renforcée, qui perd de nombreux soldats et officiers. Vestige de l’affrontement, ce réservoir de lance-flammes modèle 1941 a été trouvé sur les lieux mêmes par un exploitant agricole dans les années 1990. Il provient de la 12e compagnie de lance-flammes rattachée à la division Friuli qui occupait la position. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Pièces d’équipement d’une unité de mortier retrouvées dans une position dominant la route qui conduit au col du Lancone et la plaine au sud de Bastia. Le site a été occupé par une unité de la division Friuli afin d’empêcher les Allemands de prendre la ville. On reconnaît notamment une embase de montagne pour mortier de 81 mm, les restes d’une cagoule et d’un gant anti-gaz, une caisse d’obus, deux tubes contenant des charges additionnelles et un obus. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Cette caisse pour matériel chirurgical provient de l’hôpital de campagne de Bastia comme l’indique la mention « Ospedale da campo n° 81 » – identifiant cet établissement, dépendant de la 26e section sanitaire de la division Friuli – apposée au pochoir sur le devant. Lors de la prise de la cité par les Allemands, le 13 septembre 1943, la division bat en retraite vers le Nebbio et le Cap Corse, abandonnant armement et matériel, à l’image de cette caisse. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Ci-contre. Havresac dos modèle 1939 pour troupes à pied trouvé dans une cave de Biguglia à la fin des années 1980. Il a été récupéré par un civil après les combats livrés par la division Friuli contre les Allemands le 13 septembre 1943. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Élément d’un canon antichars modèle 47/32 retrouvé en 1995 dans le lit d’un ruisseau du hameau de Suerta, sur les hauteurs de Bastia. La pièce – surnommée « Elefantino » (éléphanteau) – dont il provient a certainement été abandonnée le 13 septembre 1943. L’unité a peut-être tenté d’évacuer la localité par cette route qui permet de rejoindre le col de Teghime et, de là, le Nebbio. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Puis, la même pièce en action en Afrique du Nord.

Cette plaque d’identification destinée à être cousue dans la vareuse porte notamment le patronyme, prénom et la classe d’âge. Cet exemplaire a été trouvé au col de Teghime dans les années 1990. Il est difficile de savoir si son propriétaire faisait partie d’une unité défendant le col avant l’insurrection ou si elle provient d’un régiment ayant participé, avec les goumiers du 2e GTM, à la prise de ce site stratégique les 3 et 4 octobre 1943. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Ce havresac d’officier a été découvert par un adolescent dans un camion abandonné dans le petit village de Scolca à la mi-septembre 1943. Il faisait sans doute partie de l’équipement d’un groupe battant en retraite depuis Borgo après la prise de Casamozza par les Allemands. Des témoignages recueillis dans le milieu des années 1990 évoquent en effet une petite colonne motorisée – probablement une unité de mortiers – qui avait fait halte sur la place de l’église. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Ces trois bombes de casques modèle 1933 ont été retrouvées dans une cave de Stazzona dans le milieu des années 1990. Dans cette microrégion de la Castagniccia, l’armée royale italienne avait installé dans le couvent Saint- François d’Orezza un important dépôt de vivres, de carburant et de munitions. L’édifice est détruit le 17 septembre 1943 lorsque la Wehrmacht attaque le village voisin de Piedicroce. Il est probable que ces coiffures appartenaient à des soldats d’une unité occupant ce couvent proche de Stazzona. Bien que leur peinture diffère, présentant jusqu’à deux couches distinctes, il est possible qu’ils appartenaient à trois frères d’armes du XLIII battaglione de la MVSN censé défendre le dépôt… (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori).

Grenade modèle 1935 fabriquée par la Società Romana, découverte au début des années 1990 à Biguglia et dûment neutralisée par les démineurs. Abandonnées en quantité importante un peu partout sur l’île et fort instables, elles ont causé de nombreux morts et blessés après la Libération surtout parmi les enfants qui avaient la malencontreuse habitude de jouer avec. On ne le dira jamais assez, ces explosifs demeurent, même 75 ans après les événements, extrêmement dangereux à manipuler. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Ce casque modèle 1933 provient de Quenza, gros bourg du sud-ouest de la Corse, où il a été récupéré au début des années 1990. Le 15 septembre 1943, les Italiens y attaquent les Allemands. Cette coiffure porte probablement l’insigne frontal du battaglione alpino « Monte Granero », une des unités qui participa à cet engagement. Sur le bord intérieur a été inscrit le patronyme du soldat. (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori).

De 2017 à 2019, tout un site à l’entrée nord de Bonifacio a été prospecté. Initialement occupé par les Français en 1939-1940, il a vu s’y installer entre la fin 1942 et septembre 1943 des troupes italiennes. De nombreux vestiges y ont été découverts : des effets personnels et pièces d’équipement (boîtes de crème, rasoir, quarts, couverts, boutons, etc.) ainsi que de nombreux insignes auxquels s’ajoutent des plaques d’identité. On reconnaît entre autres une quarantaine de paires de Fascio (symbole des chemises noires), les insignes du 77° raggruppamento di fanteria, du 60° battaglione d’assalto et du 30° raggruppamento CC. NN. da sbarco (chemises noires). Cette unité basée en Sardaigne voit une de ses composantes, la 55a Legione de la MVSN, être transférée en Corse durant l’Occupation. La plupart de ses hommes sont originaires de la région de Parme comme l’illustrent les lieux de naissance figurant sur les plaques d’identité et un insigne fasciste de cette ville. Une question demeure cependant : ces vestiges ont-ils été abandonnés quelques jours après le 9 septembre 1943 ou lors de l’évacuation des troupes italiennes de l’île en octobre-novembre suivants ? (Collection Association Sintinelle – Fonds Biaggi & Gregori)

Publié le

Texte

Stéphane Biaggi, Sylvain Gregori, Franck Allegrini-Simonetti, Association Sintinelle

Photos

Sylvain Gregori

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