Une fois n’est pas coutume, notre Trésor de chine donne cette fois dans le lourd, avec la découverte de deux groupes électrogènes : un allemand et un américain.

Ces deux matériels ont été découverts à six mois intervalle dans le sud de la Seine-et-Marne. Le premier n’est autre qu’un groupe électrogène allemand de type EL 203 (Generator EL 203). Produit par le constructeur de motos DKW (marque appartenant au groupe Auto-Union), entre 1939 et 1943, ce modèle est mû par le même monocylindre deux-temps de 123 cm3 (carburateur Solex), équipant les motos RT 125 de la marque, qui dotèrent en nombre l’armée allemande. Comme sur le fameux deux-roues, le lancement du moteur s’effectue au kick (visible ici, replié, à droite sur la première photo).

Comme nous l’explique Jean-François, l’heureux collectionneur qui a récupéré cette magnifique pièce : « Il vient de la région de Fontainebleau. J’ai reçu un jour un coup de téléphone de sa propriétaire qui me dit, “C’est l’un de mes voisins qui vous connaît et qui m’a donné votre numéro. Il m’a dit que vous étiez passionnés d’objets militaires. Je débarrasse ma maison avant de la vendre. J’ai un petit groupe électrogène d’origine allemande. Il provient de l’armée. Mon mari l’avait récupéré lorsqu’il travaillait sur les bases de l’OTAN à Fontainebleau. J’étais prêt à l’envoyer à la casse, mais je me suis dit que cela pourrait intéresser quelqu’un, d’autant plus qu’il est en très bon état ».

Quelle ne fut pas sa surprise, une fois sur place, de découvrir au fond d’un atelier ce modèle EL 203 dans un jus exceptionnel (les peintures gris et noir d’origine sont présentes à 95 %) et complet, toujours sur son cadre de transport amorti. Il ne manquait rien, pas même les tuyaux d’échappement flexibles. Seule la bougie n’était pas d’origine, mais il s’agissait quand même d’un modèle Champion, qui avait été changé dans les ateliers américains à la fin des années 1950. Procurant 4,2 ch à 3 000 tr/mn, le monocylindre, refroidi par air, actionne une génératrice produisant une tension de 220 V (50 Hz, puissance de 8,5 ampères). Robuste et des plus fiables, l’EL 203 sera largement utilisé au sein des pools de réparation de la Wehrmacht, mais surtout dans les différentes unités de transmission de l’armée allemande. D’ailleurs, cet exemplaire complète désormais un émetteur-récepteur type Ha 5 K39 datant de 1940 (page précédente en bas) ; poste qui, en campagne, était justement alimenté par ce groupe électrogène.

Sorti des ronces
D’origine américaine, le second groupe électrogène est beaucoup plus encombrant et lourd puisqu’il pèse 1,9 t et mesure 2,55 m de long pour 1,03 m de large et 1,44 m de haut ! Il s’agit d’un modèle M7A1, qui fut produit par la U.S. Motors Co, basée à Oshkosh dans le Wisconsin (la firme existe toujours et fabrique divers moteurs et équipements électriques, entre autres pour l’agriculture, l’industrie et la défense). Le moteur entraîne une génératrice procurant 375 Volts (28 KW). Comme vous pouvez le découvrir sur les photos, il a été extrait d’un roncier dans lequel il dormait depuis au moins 20 ans.
S’il ne possède plus ses panneaux de protection latéraux, il laisse en revanche apparaître une conséquente étoile et des codes d’unité (barres de couleurs et n°) sur son capot, qui prouvent bien qu’il est arrivé au cours d’un débarquement.
Ce groupe est entraîné par un moteur 6 cylindres Hercules WXLC-3 de 150 ch, le même qui fut installée dans les amphibies chenillés LVT 1 et les tracteurs de piste Cletrac M2 (High Speed Tractor M2) qui furent utilisés par les USAAF.
Également produits par les sociétés International Diesel Electric Co., Cummins Diesel Engine, Hobart Bros. et Detroit Wax Paper Co., les groupes électrogènes M7 et M7A1 (le M7A1 se différencie des M7 par l’adaptation d’un régulateur de tension), étaient habituellement transportés dans des remorques doubles essieux Fruehauf (Generator Trailer M7). Ces groupes furent entre autres utilisés par les unités antiaériennes, afin d’alimenter les projecteurs de recherche des batteries de campagne, mais aussi ceux de l’artillerie côtière (surtout au Etats-Unis et dans Pacifique). Le Corps of Engineers (génie) employa également nombre de groupes M7 et M7A1 afin d’alimenter en électricité ses ateliers de campagne, au même titre que les pools de maintenance et de réparation mécaniques. Sauvé par des camarades collectionneurs, le groupe M7A1 présenté ici est en cours de rénovation.

Publié le

Texte

Christophe Routier

Photos

Droits réservés

Lire aussi