Ce casque de tankiste de fabrication américaine, nominatif au fond de la bombe au crayon et sur la bande de réglage arrière, a appartenu à Hubert Vanderweidt, du 1er RCA.

Il était pointeur-tireur à bord du char Sherman M4A4 baptisé Estaing, n° 67 du 2e peloton, 4e escadron. Demeuré en AFN entre 1940 et 1942, le 1er régiment de chasseurs d’Afrique est reconstitué et rééquipé en 1943 sur le modèle américain pour contribuer à former la 5e division blindée.
Le 1er chasseurs d’Afrique débarque à Saint-Raphaël le 20 septembre 1944. Alors qu’il stationne en cantonnement d’attente dans la région de Vesoul, il est alerté le 13 novembre au matin et reçoit l’ordre de mouvement le lendemain, dans les conditions prévues par l’Ordre d’opérations n° 1.
Le 1er RCA entre dans la composition du Combat Command 5 (CC5), qui a pour mission :
« Précédé dans un premier temps par la 2e division d’infanterie marocaine, à laquelle il apportera une aide immédiate, progressant sur l’axe général Montenois- Sainte-Marie-Montbéliard, en liaison au nord avec le CC4 (…) de s’emparer le plus tôt possible de la Lisaine et de Montbéliard, prêt à reprendre son mouvement vers l’est, direction générale Bourogne. »

Chaque sous-groupement doit, en fin de mouvement, s’articuler en trois petits détachements mixtes, de façon à faciliter la traversée de la zone pour l’infanterie.
Les zones de regroupement sont les suivantes :
– sous-groupement Bourgin (B) : Rognon – Puessans – Tourlians ;
– sous-groupement Robelin (R) : Battenans – Rougemontot – La Bretonnière – Val de Roulans. Le 4e escadron en fait partie ;
– sous-groupement Daigny (D) : Rigney – Blarians – Rignosot.

Le combat de Sainte-Marie
H. Vanderweidt témoigne :
« On est le 16 novembre 1944, le combat commence la veille, en coopération avec une compagnie de FFI cyclistes peu expérimentée. Nous progressons par un chemin boisé vers Sainte-Marie, quand soudainement ça hurle stop ! La zone est truffée de mines, nous stationnons en lisière en attendant les démineurs. Des fils jonchent le sol, sûrement des mines allemandes. De ma tourelle avec François (Clarisse), on tente de hurler pour les prévenir mais trop tard, des explosions retentissent, l’effectif FFI est réduit en un instant. Des périscopes, on regarde ces gars agoniser, morts ou blessés, en surveillant la ligne allemande, la rage au ventre, prêts à les venger. L’opération s’arrête… On rentre sur nos positions… moral dans les chaussettes après ce premier ralentissement.
Aujourd’hui, nous sommes requinqués, nous allons investir Sainte-Marie, nous ouvrons la marche en tête. Sur nos gardes, la mitrailleuse et le canon arrosent toutes zones que nous jugeons propices pour une embuscade. Enfin nous arrivons en périphérie de Sainte-Marie sans altercations avec l’ennemi. Nous rejoignons nos camarades du RMLE (Régiment de marche de la Légion étrangère) qui nous escortent. Proche d’une intersection, sur la droite débouchent quatre Allemands, j’actionne la calibre .30, les deux premiers tombent par terre, et les deux autres se replient.

Le char Etendard s’emboîte dans l’intersection, aussitôt sa tourelle fait feu sur un camion allemand transportant de l’essence, puis derrière un canon de 75 que les Allemands mettent en batterie, mitrailleuse et canon de 75 le détruisent. Au même moment, un Panzerfaust touche Etendard en pleine tourelle (le Mdl Ledain, Farrugia, et Favre sont blessés).
Nous continuons sur Issans, une intersection devant nous, quand “Pang !”, un Panzerfaust nous touche dans le dos, les réservoirs d’essence sont percés et se répandent dans la cage de l’embrayage et nos compartiments. Clarisse annonce “On a été touchés à l’arrière gauche, au niveau du réservoir ! Ça s’enflamme ! Évacuez !”

Dans ma tourelle, je suis sonné par le choc, Curtet déclenche les deux extincteurs, les flammes lèchent les obus de 75, Plat me secoue, “Hubert ! Hubert !”. Clarisse évacue, je me lève de mon siège et sors par la tourelle, Plat me pousse les fesses et nous sommes expédiés à terre. Plat est désarmé, sa Thompson est restée coincée, moi j’ai mon Colt .45. Une épaisse fumée noire monte dans le ciel. Je me faufile avec Plat le long de l’habitation la plus proche. Perez évacue par le poste du conducteur et nous rejoint. Désormais à trois, nous traversons les jardins, la route, et remontons la colline en arrière comme des lapins, pour rejoindre les half-tracks de la Légion en position au sommet. Nous faisons un compte-rendu au capitaine et sommes évacués sur Saint-Julien pour soigner nos brûlures.
Notre Clarisse s’est mis à l’abri dans une autre habitation, il est caché jusqu’au soir et se signale aux légionnaires inspectant le village en soirée.
Tandis que Curtet évacue et traverse un potager, et se cache dans le cabanon de toilette. Il reste assis et patiente…

Il entend les flammes dans Estaing et l’explosion de munitions. Marre de patienter, il décide de sortir en rampant dans le potager quand soudainement : Pan ! Pan ! Deux tirs de fusil devant lui, il lève les yeux et aperçoit des bottes… allemandes. Les deux Fritz rigolent en le voyant ramper. Stupéfaits, ils n’ont pas encore rechargé leurs fusils, Curtet dégaine son Colt et les deux Allemands s’écroulent. Il fait demi-tour et retourne patienter dans le cabanon jusqu’en soirée. Entendant des légionnaires en patrouille parler français, il sort pour les rejoindre.
L’escadron ne dispose pour le lendemain que de 9 chars (2 sont détruits, 5 en panne dans la zone de cantonnement de la veille, un en révision à l’atelier.). »

Sources et remerciements
– http://www.chars-francais.net/ et son webmaster Antoine Misner ;
– Témoignages H. Vanderweidt ;
– Les famille Clarisse et Curtet ;
– Musée mémorial des combats de la poche de Colmar, Turckheim.

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Texte

Vincent Sniprat

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