« Les adolescents éprouvent souvent le besoin de se prouver leur courage… Moi j’ai voulu sauter en parachute… » C’est par ces quelques mots qu’Auguste Bellanger, qui cultive le goût du risque, commence le récit de son premier saut à l’occasion d’un stage de préparation militaire parachutiste. »

De cette expérience, j’ai surtout retenu un souvenir unique, inoubliable, celui de mon premier saut quelque part sur un petit terrain d’aviation bien tranquille et inondé de lumière (…) Le bruit des moteurs a descendu d’un ton. J’entends un ordre, je ne sais pas lequel, j’ai envie de vomir. Quelque chose me serre le ventre, me paralyse. Un choc dans le câble tendu brusquement, un autre, un autre encore… des camarades sautent… j’ai peur… Peur ! Oh mon Dieu ! Faites que je saute ! J’ai le temps de voir une masse tomber par la porte et c’est à moi. J’avance vers la porte sans la regarder. Oh stupide mousqueton qui ne veut pas glisser sur le câble, qui ne glisse pas. Je ne veux pas m’arrêter… j’ai le cœur qui fond, je laisse le mousqueton là. Une main le saisit, le pousse. Je suis dans la porte. Gifle formidable, du vent et du bruit. Je vois le vide plein de soleil, sous mes pieds, partout. “Neuf-Go !” Je me suis lancé loin, désespérément, comme si tout allait finir ».
Le 27 juin 1946, à dix-huit ans, Auguste Bellanger s’engage au titre du 1er régiment d’infanterie de choc aéroporté et rejoint le Centre d’entraînement des Troupes Aéroportées (CETAP) le 30 juin 1946 pour y rester jusqu’au 15 janvier 1947.
Auguste Bellanger obtient son brevet militaire de parachutiste à Idron le 27 novembre 1946 (n° 8047) et est affecté le 16 janvier 1947 au 1er Bataillon de choc parachutiste (1er BCP) qui tient garnison en Algérie où une partie de la 25e DAP a été détachée depuis les évènements survenus à Sétif et à Guelma au mois de mai 1945.
Depuis le 1er août 1946, le RICAP est devenu le 1er régiment de choc parachutiste (1er RCP) dont les bataillons à six compagnies forment corps. Le 2e classe Bellanger sert au 1er bataillon dénommé 1er bataillon de choc parachutiste (1er BCP). Lorsque la 25e DAP doit envoyer des renforts en Indochine, c’est le 1er BCP qui est désigné pour intégrer la Demi-brigade de marche de parachutistes avec les 1er et 2e bataillons du 1er régiment de chasseurs parachutistes. Bellanger débarque à Alger le 19 janvier 1947 et reste le temps de préparer son premier séjour en Indochine. Avec 250 camarades, il embarque le 30 pour Marseille où arrivent d’autres renforts. Parvenus à Saigon le 28 février 1947, les parachutistes aux ordres du lieutenant-colonel Sauvagnac intègrent la Demi-brigade SAS du lieutenant-colonel de la Bollardière. Il repart presque aussitôt pour Haiphong où il arrive avec son unité le 7 mars 1947.
Dans cette zone de combats située la plus au nord, le chasseur Bellanger est rapidement confronté à la guerre en jungle. Il occupe la fonction de pointeur de mortier de 81 mm. Il effectue trois sauts opérationnels avec son unité. Le premier à Phu To le 13 mai 1947 (opération Aphrodite), le second à Bac Kan le 7 octobre 1947 (opération Léa) et le troisième à Quang Ha le 28 novembre 1947 (opération Ceinture). Sa conduite au feu est remarquée et en janvier 1948 il est nommé 1re classe. Le 9, le 1er BCP redescend sur Saigon pour être engagé en qualité de troupe d’intervention. Entre temps le 1re classe Bellanger obtient sa première citation à l’ordre de la brigade (27 février 1948).
Le 1er BCP ayant rempli sa mission en Cochinchine, il remonte au Tonkin et débarque à Haïphong le 14 avril 1948. En juin le 1er BCP est avisé de son prochain rapatriement.

Moniteur
Le 16 juin 1948, A. Bellanger rejoint sa nouvelle affectation au I/1er RCP, commandé par le capitaine Bastouil et occupe les fonctions de chargeur au fusil-mitrailleur. Il effectue encore trois sauts opérationnels : sur Van Dinh le 20 septembre 1948 (op. Pingouin), sur An Chau le 12 octobre 1948 (op. Valentine) et sur Tra Chau le 7 décembre 1948 (op. Pégase).
Il obtient une seconde citation à l’ordre du régiment (1er février 1949) et passe au grade de caporal (28 février 1949). Son séjour touche à sa fin, il embarque le 24 février 1949 sur le Pasteur et rentre en France. Caporal-chef en avril 1950, puis sergent en juillet, il se porte volontaire pour suivre le stage de moniteur parachutiste qui se déroule à l’École des Troupes Aéroportées (ETAP) du 16 avril au 6 juillet 1951. Sa réussite lui permet d’arborer le si convoité insigne de moniteur parachutiste (n° 464).
Sa passion pour le parachutisme lui permettra d’effectuer à plusieurs reprises des sauts à ouverture commandée et retardée. En fin de contrat, il rengage pour être affecté le 25 janvier 1952 au 2e RTA puis au 2e RTM. Tenaillé par l’aventure, il se porte volontaire pour la Corée avec le Bataillon Français de l’ONU (BF/ONU) qu’il rejoint le 25 février 1952.

La Corée
Au moment où il intègre le BF/ONU, les forces des Nations-Unies se battent depuis bientôt deux ans en Corée. En octobre 1950, la France a envoyé un bataillon se joindre aux vingt autres nations venues combattre ou aider par des unités sanitaires les troupes sud-coréennes.
L’unité française forme un quatrième bataillon au sein du 23rd Infantry Regiment de la 2nd Infantry Division, la célèbre division « à tête d’Indien ». Lorsqu’il débarque en Corée le 10 avril 1952 avec le Détache¬ment de Renfort n° 8 (DR8), Bellanger est affecté à la 1re compagnie.
Le conflit qui fait rage le long du 38e parallèle est devenu depuis octobre 1951 une guerre de position et les troupes des deux côtés sont solidement retranchées et enterrées. Quand le sergent Bellanger arrive au bataillon, celui-ci se trouve depuis la fin de janvier 1952 dans le secteur du « Triangle de Fer ». De part et d’autre d’un no man’s land parfois très étroit, les combattants s’observent. Ils s’épient à la jumelle à partir de blockhaus bâtis en rondins sur lesquels sont empilés des sacs de sable, abris sommaires reliés entre eux par des tranchées semblables à celles de la première guerre mondiale. Au moment du dégel ou lors des pluies torrentielles qui peuvent s’abattre durant plusieurs jours, il arrive que des blockhaus s’effondrent et ensevelissent leurs occupants. Puis, lorsque le soleil assèche enfin le secteur, l’odeur des cadavres chinois en décomposition devant les lignes rend l’air irrespirable. Tout ceci sous les bombardements et l’oeil aiguisé des snipers, qui ratent rarement leurs cibles trop imprudentes.
Des deux côtés, les troupes se relaient sur des positions hérissées d’avant-postes d’où s’extirpent la nuit des fantômes silencieux. Le sergent Bellanger fait régulièrement partie de ces groupes qui se faufilent sur la ligne de front, cherchant à pénétrer les positions ennemies pour ramener un prisonnier destiné aux services du renseignement. Il arrive parfois que les patrouilles se croisent, mais elles préfèrent s’éviter car le moindre bruit d’un accrochage entre patrouilles déclenche le tir d’un sniper ou une pluie d’obus. Les embuscades de nuit durent des heures, tapis dans la neige ou collés dans la boue, sans bouger malgré le froid. Les itinéraires doivent être scrupuleusement respectés, sinon c’est une mine ou un piège qui explose. Bien souvent, les plans des champs de mines ne sont pas actualisés du fait des relèves. Tous le savent, chaque sortie peut être la dernière. En période hivernale, les températures peuvent descendre à moins 30°. Les boîtes de ration doivent être dégelées avant d’être consommées.
Dans la journée, de terribles bombardements s’abattent sur les positions et les attaques chinoises sont d’une violence inouïe. La puissance des vagues d’assaut qui déferlent est inimaginable. Indifférentes aux tirs de mitrailleuses qui les fauchent par rangs entiers, les troupes communistes se jettent sur les positions onusiennes au milieu des tirs de barrage de leur propre artillerie. Ces assauts ne sont bien souvent stoppés qu’à hauteur des tranchées, que les plus fanatiques parviennent à atteindre pour un ultime corps à corps. Le général Monclar n’a-t-il pas dit à ses hommes l’année précédente : « Ceux du Bataillon français pourront dire aux Vieux de 14-18 qu’ils ont vécu quelque chose qui valait Verdun ! » et il savait de quoi il parlait. C’est dans cet enfer que le sergent Bellanger va vivre, et survivre, pendant un an, d’avril 1952 à avril 1953.
En août 1952, Bellanger est désigné pour suivre un stage à la Section chimique de la 2e DIUS. Il peut ensuite mettre en place une arme terrible, le lance-flammes mécanique. C’est un énorme lance-flammes d’une contenance de cent litres placé à demeure en première ligne. Son utilisation n’est pas sans danger, d’où la nécessité de cette instruction. Le sergent Bellanger est également un excellent tireur et à l’occasion d’un de ses séjours en première ligne, il neutralise un tireur d’élite qui harcelait sa position.

Arrow Head
Le combat le plus meurtrier qu’il a à connaître se déroule en octobre 1952 sur la côte 281, surnommée « Arrow-Head ». C’est une position clef bloquant une vallée qui offre un accès direct vers Séoul. Si la ligne de front cède, les divisions ennemies déferleront sur la capitale sud-coréenne. Jamais en Corée, l’artillerie chinoise et nord-coréenne n’a rassemblé autant de pièces d’artillerie que sur ce point précis du front, où les communistes comptent bien enfoncer les lignes de l’ONU. En deux jours de combat, le bataillon français perd 42 tués, 60 blessés graves et de très nombreux blessés légers. La section des pionniers est anéantie. Pendant la bataille, les vagues chinoises montent à l’assaut, rang après rang et se font faucher par les tirs d’armes automatiques des Français. Plus de 2000 assaillants sont tués et les corps de 600 d’entre eux vont pourrir sur les pentes d’Arrow-Head. Durant les combats, son chef de section est grièvement blessé et Bellanger doit le remplacer à la tête du groupe de mitrailleuses. Avec ses hommes, ils repoussent au corps à corps les fantassins chinois qui avaient réussi à parvenir jusqu’à leur position.
Le 3 mai 1953, Auguste Bellanger quitte la Corée, à jamais marqué par son séjour au « Pays du matin calme ». Là encore, le jeune sous-officier a été remarqué par ses supérieurs et il rentre avec une troisième citation, à l’ordre de la division (2 mars 1953) puis une quatrième citation, à l’ordre du régiment (12 décembre 1953) et il est désormais sergent-chef, promotion obtenue au feu (31 janvier 1953).
De retour de Corée, il rengage pour le 14e régiment d’infanterie parachutiste de choc (14e RIPC) et est affecté au 1er bataillon. Le 30 novembre 1953, le 14e Arrow Head
Le combat le plus meurtrier qu’il a à connaître se déroule en octobre 1952 sur la côte 281, surnommée « Arrow-Head ». C’est une position clef bloquant une vallée qui offre un accès direct vers Séoul. Si la ligne de front cède, les divisions ennemies déferleront sur la capitale sud-coréenne. Jamais en Corée, l’artillerie chinoise et nord-coréenne n’a rassemblé autant de pièces d’artillerie que sur ce point précis du front, où les communistes comptent bien enfoncer les lignes de l’ONU. En deux jours de combat, le bataillon français perd 42 tués, 60 blessés graves et de très nombreux blessés légers. La section des pionniers est anéantie. Pendant la bataille, les vagues chinoises montent à l’assaut, rang après rang et se font faucher par les tirs d’armes automatiques des Français. Plus de 2000 assaillants sont tués et les corps de 600 d’entre eux vont pourrir sur les pentes d’Arrow-Head. Durant les combats, son chef de section est grièvement blessé et Bellanger doit le remplacer à la tête du groupe de mitrailleuses. Avec ses hommes, ils repoussent au corps à corps les fantassins chinois qui avaient réussi à parvenir jusqu’à leur position.
Le 3 mai 1953, Auguste Bellanger quitte la Corée, à jamais marqué par son séjour au « Pays du matin calme ». Là encore, le jeune sous-officier a été remarqué par ses supérieurs et il rentre avec une troisième citation, à l’ordre de la division (2 mars 1953) puis une quatrième citation, à l’ordre du régiment (12 décembre 1953) et il est désormais sergent-chef, promotion obtenue au feu (31 janvier 1953).
De retour de Corée, il rengage pour le 14e régiment d’infanterie parachutiste de choc (14e RIPC) et est affecté au 1er bataillon. Le 30 novembre 1953, le 14e RIPC prend la dénomination de 14e demi-brigade d’infanterie et à compter du 1er janvier 1954 le I/14e RIPC devient 19e bataillon de parachutistes algériens (19e BPA).
Toujours attiré par le baroud, Bellanger est de nouveau volontaire pour l’Indochine où il est mis à disposition du commandant des Troupes Aéroportées d’Indochine (TAPI). Mais la situation militaire sur place s’est accélérée. La dernière bataille de la guerre d’Indochine prend fin le 17 juillet sur les hauts plateaux d’Annam, avec l’anéantissement du GM100 dont le Régiment de Corée forme l’ossature. Puis le 1er août 1954, l’armistice entre en vigueur. La guerre d’Indochine vient de s’achever.
Bellanger est affecté à la Base aéroportée sud (BAPS) implantée au camp de Bac Héo (Bacquéo) et participe à différentes missions de largage ainsi qu’à la formation de parachutistes. Il obtient divers brevets militaires et est admis dans le corps des sous-officiers de carrière (31 mars 1955).

Avec l’armée khmère
Le 1er juillet 1955, dans le cadre des accords passés avec les Etats associés cambodgiens, le sous-officier est muté à la Base aéroportée khmère. Là, avec d’autres cadres parachutistes de la Mission Militaire Française auprès de l’Armée Royale Khmer (MMF/ARK), il est chargé de la formation des futurs parachutistes du 1er bataillon de parachutistes khmers créé le 1er décembre 1952. La qualité de son travail de formateur lui vaut un témoignage de satisfaction à l’ordre de la Division (13 février 1956). Il occupe cette fonction jusqu’en novembre 1956, après avoir obtenu la prolongation de son séjour de six mois.
Arrivé en fin de séjour, il embarque à Saigon sur le Flamina le 23 novembre 1956 et débarque à Mar¬seille le 7 janvier 1957. Après un court passage par la BETAP, il est affecté à Clermont-Ferrand au Service d’Entraînement Parachutiste des Réserves (SEPR) de la 8e région militaire, les sauts s’effectuant sur l’aéro¬drome de Vichy. Il est promu adjudant à compter du 1er avril 1957, époque à laquelle il rencontre à Grenoble Paulette Magdelaine qu’il épousera en avril 1959. Le 1er avril 1958, il est promu au grade d’adjudant.
Fin juin 1960, A. Bellanger rejoint l’Afrique du Nord et est affecté au camp Saint-Philippe dans la banlieue d’Oran, où il continue à former de jeunes parachutistes qui sautent au-dessus de la base de la Senia. Puis il rentre en France en 1962 et rejoint à Metz le 1er RCP et sa compagnie de commandement et de soutien (CCS). Le 1er avril 1963 il est nommé adjudant-chef. Le 1er octobre 1965 il est muté au 6e bataillon de chasseurs alpins à Grenoble et quitte définitivement l’armée le 10 octobre 1967.
Il se retire à Grenoble où, tout en exerçant une nouvelle activité civile, il assure durant plus de six ans la présidence de l’UNP de l’Isère. L’adjudant-chef Auguste Bellanger est décédé le 5 mai 1994.

Publié le

Texte

Jean-François Pelletier

Photos

Collection auteur, J.-M. Besson et F. Gorce

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